Entrepreneure aux multiples casquettes, Maud Clerice est la fondatrice de MyKLINICA, une plateforme pensée pour faciliter l’accès aux espaces de soin et accompagner les professionnels de santé et du bien-être dans leurs installations, sans contrainte ni commission. Son engagement ne s’arrête pas là. Présidente du réseau bordelais Mayaj, elle cultive un esprit de collectif sincère, exigeant et humain, à l’image de ses valeurs. Elle a également siégé au board de la French Tech Bordeaux, où elle a porté une vision plus incarnée de l’innovation, tournée vers le “care” et l’entraide. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, son rapport au collectif, les rencontres qui l’ont marquée, et sa conviction profonde qu’on n’a pas besoin d’en faire trop… mais qu’on a tout à gagner à être pleinement soi.
8 juillet 2025 · 7 min de lecture
Tu es la fondatrice de MyKLINICA. Peux-tu nous expliquer ce que propose la plateforme, et ce qui t’a poussée à la créer ?
MyKlinica , c’est une plateforme qui connecte celles et ceux qui ont des espaces de soin (cabinet, salle, bureau) avec des professionnels de santé ou de bien-être qui cherchent à exercer. Pour partager un jour, plusieurs, louer de façon pérenne ou simplement ponctuelle, s’installer, remplacer ou collaborer…Évidemment en toute liberté, et sans commission d’intermédiation.
Pourquoi je l’ai créée ? Parce que j’ai réalisé à quel point l’accès aux soins est un combat.
Et quand j’ai voulu m’installer, au retour de mon tour du monde, pour accompagner des humains (comme je le faisais déjà depuis longtemps) j’ai moi-même cherché un cabinet… et je me suis retrouvée face à la même galère que tous les praticiens.
Je me suis dit que c’était simplement fou qu’il n’existe pas une plateforme dédiée à la santé et au bien-être, sur laquelle on serait entre pros, en confiance, et dans les règles.
Mon envie, au fond, ce n’est pas tant de réinventer l’accès à la santé que d’accompagner les soignants de médecine globale (dite intégrative) en facilitant leur quotidien, en répondant à leur besoin de souplesse, de liberté, et d’humanité.
Tu es aussi présidente de Mayaj, un club d’entrepreneurs bordelais. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’investir dans cette aventure collective ?
J’ai découvert Mayaj en tant qu’adhérente, et j’ai tout de suite été touchée par la sincérité qui s’en dégageait. Pas de faux-semblants, pas de posture, juste des entrepreneurs qui osent dire les vraies choses.
Quand il a été question de renouveler le bureau, ça s’est fait très naturellement : l’ancien bureau nous a soutenus, et était heureux qu’on reprenne.
Je suis très fière aujourd’hui d’en être la présidente, parce qu’on a un super board… et les meilleurs adhérents !
Ce réseau incarne exactement ce en quoi je crois : le courage d’être soi, de tenter, l’entraide sincère, et la conviction qu’on avance toujours mieux ensemble.
Tu viens tout juste de terminer ton mandat au board de la French Tech. Quel sens donnais-tu à cet engagement, et quel rôle joue la French Tech dans l’écosystème aujourd’hui ?
C’est un écosystème magnifique, avec une vraie énergie. Mais j’avais envie d’y apporter une touche plus humaine, plus tournée vers le soin, qu’on avait appelé « le Care ».
Je ne suis pas sûre d’y être vraiment arrivée.
Et c’est sûrement pour ça qu’aujourd’hui, je mets autant d’énergie, avec les autres membres du bureau de Mayaj, à créer les meilleures conditions d’entraide et d’évolution pour nos adhérents.
C’est un peu trop facile d’enchaîner les conférences pour apprendre à lever des fonds. Il y a un côté “Fame” que je ne valorise pas…
Je crois au bootstrapping, à l’entraide, au test & learn, à l’expérience de celles et ceux qui se sont déjà cassé la gueule… et qui ont eu le courage de se relever.
Pour moi, la French Tech (et plus largement l’entrepreneuriat) doit être un espace où on ose dire la vérité. Où on soutient vraiment ceux qui osent.
J’ai aimé cette expérience. J’ai appris.
Et puis, l’équipe permanente est dingue : ils bossent vraiment bien.
Entrepreneure, engagée dans plusieurs réseaux… quelle place tient le collectif dans ton parcours ?
Le collectif, c’est la colonne vertébrale de mon parcours.
J’ai longtemps cru que je devais tout porter seule pour prouver que j’étais capable.
Et puis j’ai compris qu’il fallait bien plus de courage pour demander de l’aide… et se montrer vulnérable.
Je crois que le collectif est un vrai levier d’émulation.
Ça me rappelle un de mes sujets d’exam en philo : “L’émulation, bien ou mal ?”
J’y crois profondément, quand il s’agit de se challenger, d’innover, de se dépasser ensemble.
En revanche, je crois moyen au collectif au sens de “foule consensuelle”, où tout le monde suit « parce que c’est comme ça ».
Je préfère mille fois m’entourer d’un petit groupe d’excellence (attention, ça ne veut pas dire des QI à 180, même si c’est à la mode).
Ça veut dire des personnes avec des zones de génie assumées, qui osent dire ce qu’elles pensent avec sympathie, qui se connaissent bien elles-mêmes, des personnes généreuses qui veulent évoluer.
Le collectif idéal, pour moi, c’est un cercle exigeant et sincère, dénué de peurs, où on se tire vers le haut.
Sans politiquement correct, mais avec respect, générosité… et empathie.
Est-ce qu’il y a une rencontre pro qui a compté particulièrement pour toi ? Une de celles qu’on n’oublie pas ?
J’ai eu de nombreuses rencontres pro décisives.
Je dis souvent : « La vie, c’est l’art des rencontres. »
Ces 20 dernières années, la vie a mis sur ma route des personnes brillantes et incroyables. J’ai eu beaucoup de chance.
Des sportifs de haut niveau, des hommes d’affaires internationaux, des politiques, des médecins ou avocats qui passent à la télé…
Mais aussi Monsieur Tout-le-monde, qui a tout quitté pour aller élever des chèvres, parce qu’il voulait du vrai.
Des moments d’échange dont tu sors en te disant : « Whaou… il vient de se passer quoi là ? »
J’ai accueilli toutes ces rencontres avec la même curiosité et la même envie d’apprendre d’eux.
Et puis, il y a eu Françoise Wilhelmi de Toledo.
Un jour, elle m’a dit : « Vous êtes une mutante. Vous n’avez rien à prouver. Vous n’avez qu’à être. Il en faut plus, des gens comme vous. »
Ces mots m’ont bouleversée. Parce que moi, j’ai passé ma vie à essayer d’être : Être la meilleure, être assez bien pour ceci ou celle, être comme il fallait.
J’ai souvent accepté des situations pas acceptables, en me disant que ça me passait au-dessus, que je choisissais mes combats. Parce que « ça », je pouvais l’encaisser.
Mais au fond, ce n’était pas sain.
Nul ne devrait s’adapter autant pour être accepté.
J’aime l’analogie de la plante. Si une plante ne pousse pas ou ne fleurit pas, ce n’est pas parce qu’elle « ne sait pas faire »... C’est souvent parce qu’elle n’est pas assez arrosée, pas exposée à la bonne lumière, ou simplement pas au bon endroit.
C’est pareil pour nous.
Si on n’évolue pas, ou si on n’ose pas « fleurir », c’est rarement un problème de capacité. C’est une question d’environnement, de soins, d’attention, de confiance… et parfois, de permission qu’on se donne à soi-même.
Et moi, la vie a mis des gens géniaux sur ma route pour me faire sortir de mes zones de confort… et d’inconfort aussi.
Aujourd’hui, je choisis d’être pleinement moi, sans compromis.
Ça implique de se connaître.
Et c’est souvent ça, le plus difficile…
Et pour finir : s’il y avait un conseil que tu donnerais à quelqu’un qui veut développer son réseau mais ne sait pas trop par où commencer, ce serait quoi ?
Commence par être vrai. Sois honnête sur qui tu es, sur ce que tu traverses, sur tes doutes.
Les gens sont fatigués des pitchs parfaits. Des faux semblants. Ce qu’ils veulent, c’est sentir qu’en face, il y a un humain, pas une façade.
Regarde tes blessures en face. Accepte que ça puisse chambouler de travailler sur toi et bouge toi.
Remet toi en question. Ose écouter. Toi et les autres. La vraie connexion naît quand on s’intéresse sincèrement à l’autre. Oui j’ai dit sincèrement.
Ne cherche pas à “faire du réseau”, cherche à créer des liens. C’est là que naissent les opportunités, les amitiés, et les vraies transformations.
Interviews
Yesterday or Never : Gaëtan Wittebolle
Il y a des personnes qu’on rencontre au bon moment, et qui finissent par faire partie de ce que j’appelle mon board fantôme : celles à qui je demande conseil, avec qui je partage mes doutes, mes idées, mes avancées et qui m’aident, sans le vouloir, à construire Yesterday.
Gaëtan Wittebolle (https://www.linkedin.com/in/gwittebolle/) fait partie de ce cercle très proche. On se connaît depuis un moment maintenant, et on a en commun une conviction profonde : le networking n’est pas un jeu de carte de visite, mais un système d’entraide qui peut véritablement changer une carrière.
Fondateur de BuddyWorkers, il a construit en un temps record une communauté unique, portée par l’envie de ne plus travailler seul et de créer des liens qui comptent. On s’entraide beaucoup, on échange souvent, et je suis fier de pouvoir partager ici son parcours, sa vision et l’ambition derrière ce qu’il bâtit.